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Les Wachowski

8 août 2021
17 min de lecture

Dernière mise à jour : 27 août 2021

Analyse philosophique

Analyse réalisé dans le cadre du cours de Philosophie du cursus de 3ème Bachelier du cours de M.Olivier Odaert au court de l'année 2020

  • Intro.

Le 7ème art qu’est le cinéma fait partie d’un courant artistique particulier, « l’Art ludique ». Il est destiné à toucher le grand public et a pour but de le divertir. Il regroupe aussi le 9ème art (la BD), ainsi que le cinéma d’animation et le jeu vidéo qui ont très longtemps été stigmatisés au monde de l’enfance et économique, jugé de cette façon incompatible au monde de l’art élitiste.

C’est pourtant de cet art qui s’auto-inspire que les Wachowski ont décidé de s’exprimé, et je vais dans cette analyse uniquement traité de la trilogie, « The Matrix » et leurs inspirations, en commençant par le jeu vidéo.

  • Le jeu vidéo.

Plusieurs emprunts sont faits par les Wachowski aux jeux-vidéo. D’abord pour son propos dans la trilogie. Un monde virtuel idéalisé dont les codes peuvent être contournés, dystopique, qu’il faut sauver comme c’est souvent le cas dans les jeux-vidéo. Mais ce n’est pas simplement symbolique, c’est tout autant, voire plus, visuellement qu’ils pompent les codes du jeu vidéo. On verra souvent dans cette saga des combats qui reproduisent les moteurs visuels (associé ici au cinéma) du jeu de combat, comme l’entraînement de Neo, le combat de qui oppose Morpheus et l’agent sur le camion sur l’autoroute ou encore pour ne citer qu’eux, le combat final qui oppose Smith et Neo entourés de Smiths identiques et immobiles en foule comme des PNJ (Personnages non-joueur*).


On peut aussi noter cette séquence où Neo (dans Matrix Révolutions) est bloqué dans une station de métro comme une boucle visuelle comme il en existait déjà dans les jeux d’arcade de l’époque (Pacman de 1980 ou Mario de 1983 par exemple). L’environnement Cyberpunk du monde réel des films fait beaucoup penser aux décors précalculés dans Finale Fantaisie 7.

En plus de tout cela, les costumes des acteurs dans la saga évoluent en même temps que les personnages, comme un avatar qui gagnerait en niveau.



  • La littérature.

Les Wachowski ne s’inspirent pas uniquement de l’art ludique, mais aussi de la littérature comme le prouvent les diverses allusions aux « Aventures d’Alice au pays des merveilles » (1865) écrit par Lewis Caroll, dans le 1er Matrix. Neo est alors comparer à Alice qui est invité à découvrir le monde dit « merveilleux », pour Neo celui de la matrice, et la vérité qui l’entoure. Neo doit suivre le lapin blanc C’est symbolisé par la scène du miroir qui s’immisce en Neo, une allusion au second volet d’Alice « De l’autre côté du miroir » (1871).


On retrouve dans la saga Matrix des références à la littérature grecque « Iliade d’ Homère » comme le nom de Niobé, ou celui de Morphéus qui fait directement référence à Morphée (« Μορφεύς » en grec ancien / Morpheús) qui est, dans la mythologie grecque, une divinité des rêves prophétiques. Il est, selon certains théologiens antiques, le fils d’Hypnos (le Sommeil) et de Nyx (la Nuit).


Il est souvent représenté par un jeune homme tenant un miroir à la main et des pavots soporifiques de l’autre, avec des ailes de papillon battant rapidement et silencieusement, qui lui permettent de voler. Il donne le sommeil en touchant une personne avec ses pavots. Il lui donne également des rêves pour la nuit. Pour se présenter aux mortels, il se transforme en être de chair (d’où son nom signifiant « forme »), permettant aux mortels l’espace d’un instant de sortir des machinations des dieux.


Ce qui est intéressant ici, c’est que Morphée ne prête pas seulement son nom (un peu changer) au personnage, mais partage aussi des similitudes symboliques comme l’allusion au sommeil « artificiel » duquel Morphéus libère Neo, lui permettant de sortir de la Matrix créer par des machines (Les dieux grec peuvent être comparer aux machines), comme le veux son rôle, aussi bien symbolique que mentoral. Leur entrevue dans la matrix est d’ailleurs conclue par la scène du miroir où Neo se réveille dans le monde réel, plongé dans les ténèbres et privé du soleil, référence à sa parenté, Nyx dans la mythologie. Morphéus est lié à la prophétie de l’Oracle qui dit qu’il trouvera l’élue.


On retrouve aussi des références biblique et Hébraïque. Déjà le nom de Neo signifie « Élu » en hébreu. « Néo » est aussi un préfixe signifiant « nouveau ». C’est également l’anagramme du mot anglais « one » et du prénom Noé qui guida le peuple Hébreu. Le nom de Trinity est directement repris de la trinité, qui est associé à l’amour. Séraphin, le personnage qui protège l’Oracle, est le nom donné à certains anges dans la bible, ce sont des anges avec six ailes [5].


« Zion » le lieu où survivent les humains du monde réel, vient de « Sion » une montagne de Jérusalem dont il est question entre autre dans le livre d’Essaie. [6] Le vaisseau de Morphéus se nomme Nebuchadnezzar, qui renvoie au roi de Babylone « Nebucadnetsar » dans le livre de Daniel.


  • Le cinéma.

En termes de cinéma, on peut évoquer Blade Runner de Ridley Scott sortie en 1982 pour son esthétisme similaire dans les idées du cyberpunk et Tron par Steven Lisberger sortie la même année pour le traitement de la réalité virtuelle dans lequel ils ont été précurseurs.


« C’est un des symboles principaux du mouvement cyberpunk que le film [Blade Runner] fera connaître. Ce que voit l’œil peut être manipulé, ce qui remet en cause la réalité et notre capacité à la percevoir ou à nous la rappeler avec précision » [2]. Ce qui rejoint la même philosophie que celle aborder par Matrix. Bien qu’il soit classé dans le genre science fiction, Matrix est une saga de cyberpunk. Ce genre a pour vocation de remettre en cause, grâce à l’avènement de la réalité virtuel, la réalité telle qu’on la voit.


Mais avant d’arrivé à la réalité virtuel, il a bien fallu passer par autre chose ; la robotisation, descendant de la rencontre entre l’industrialisation et l’automate, ainsi qu’aux idées qui sont apparues avec. C’est pourquoi j’aimerais ajouter une référence moins évidente, mais qui a certainement participé à l’élaboration d’univers tel que celui de Matrix; Metropolis de Fritz lang de 1927, fondateur de la représentation de la ville du futur au cinéma. [4]


Le film met en scène Freder, un enfant de la haute classe qui vit dans l’ignorance dans la ville haute et batifole avec de jeunes femmes dans des jardins édéniques.


C’est par curiosité (tout comme Neo) que Freder va découvrir le monde souterrain, le moteur de la ville. C’est ici que les ouvriers, têtes basses, s’engouffrent chaque jour dans les entrailles de la ville-machine pour se sacrifier. Ils sont déshumanisés, ne vont que de leurs logements à l’usine sans jamais voir le jour. Cette dichotomie est accentuée par les différences noir/blanc, individu/masse. Au sein de cette hiérarchie ville haute/ville basse, les différents lieux sont très différenciés. [4]


Même s’il ne s’agit pas de la même histoire, les thèmes sont fondamentalement les même ; Une population est déshumanisés dans une ville-machine (l’humanité elle-même cultivé dans sa quasi-entièreté dans Matrix, seul une poignée résiste) au profit d’une haute classe (les machines), le maintient de l’ignorance, et la privatisation du jour (qui peut être symbolisé par le réel, ou dans son interprétation littérale les ténèbres éternel de cette réalité).


  • Révolution photographique ?


Le « Bullet time ».

Tout d’abord, qu’est-ce que c’est ? C’est un effet visuel caractérisé par un ralenti extrême, permettant, par exemple, de suivre la trajectoire d’une balle depuis le canon d’une arme jusqu’à sa cible ou de donner l’impression que la caméra «tourne» autour d’une scène figée, comme si le temps s’était arrêté. Qu’on pourrait traduire en français par « le temps d’une balle ». Il fut popularisé par la trilogie Matrix mais son existence est plus ancienne, et malgré son nom ne se limite pas aux seules trajectoires de balles. C’est le photographe plasticien français Emmanuel Carlier qui, le premier, aura l’idée de disposer 50 appareils photographiques à déclenchement synchronisés autour d’une arène circulaire. Au centre de l’arène pouvaient s’ébattre divers sujets se livrant à diverses occupations mouvementées, comme Olivier Martinez se renversant une bouteille de lait sur la tête ou Caro et Jeunet faisant les zouaves. Le montage image par image de chaque cliché obtenu, par le même procédé que le stop motion, aboutissait à un saisissant effet 3D baptisé, à l’époque, effet «Temps mort» par son créateur. Il fut présenté au public à la biennale d’art contemporain de Lyon et, à la télé, chez Bernard Pivot. L’effet visuel sera alors repris par Michel Gondry qui l’introduisit dans un clip des Rolling Stones puis dans une publicité pour la vodka Smirnoff. [3]



Alors ce ne sont pas les Wachowski qui ont inventé le procédé comme on pourrait le croire, elle est utilisée pour la première fois au cinéma dans le film Zotz! de William Castle (1962), puis dans Perdus dans l’espace (1998) et Blade (1998) dans des versions moins élaborer. C’est John Gaeta, qui a mis au point cette technique en 1997, qui est recruté comme directeur des effets spéciaux de Matrix.


En terme technique ce procédé a dû être un “cauchemar” comme le dit Dominique Vidal dans une interview : «À l’époque c’était quand même très très balèze car c’était des appareils argentiques, donc il fallait développer les photos, vérifier qu’elles avaient la même exposition, le même cadrage, le même centrage... Donc ce qui semblait être simple au début s’est révélé, je pense, être un cauchemar pour eux, car ils ont dû engager une armée de personnes pour aller refaire des stabilisations, des petits morphings et des corrections de couleur entre chaque image, parmi les centaines qui correspondent au plan.»



Ce qui faut retenir, c’est que les Wachowski ont emmenés le cinéma plus loin qu’il n’avait jamais été auparavant visuellement et esthétiquement, c’est-à-dire artistiquement, grâce au jeu vidéo et à l’art ludique en général.


On a pu voir dans la première partie que les Wachowski ont su amener le médium du cinéma plus loin artistiquement qu’auparavant. Mais de nombreux réalisateurs ont œuvré dans ce sens bien avant elles. Ce qui fait la particularité de leur travail est le sens du récit. Généralement le sens premier d’un récit est clair, aussi bien pour la réalisation comme pour le spectateur, c’est aussi vrai pour leurs films. Mais les Wachowski donnent une telle importance au sens interprétatif de leurs récits que celui-ci emboîte le pas sur le sens premier. Leur engagement artistique est sans équivoque et leurs inspirations philosophiques débordent de toute part de leurs œuvres. Reprenant ou détournant des thèmes forts de la SF ou de la fiction en général, les Wachowski prononcent un discours clair sur la condition humaine. La réalité, l’identité, l’accomplissement de soi sont autant de thèmes forts qui

traversent leurs œuvres, mais aussi leurs propres parcours de vies offrant une lecture philosophique complexe intra et extra diégétique à leurs œuvres. Voyons ensemble comment les Wachowski donnent un rôle prépondérant à leur spectateur dans le sens de leurs récits et ce qu’elles y apportent.

  • Noble et non-noble en cohabitation


Selon Nietzsche « La plus noble sorte

de beauté est celle qui ne ravit pas d’un seul coup, qui ne livre pas d’assauts orageux et enivrants (celle-là provoque facilement le dégoût), mais qui lentement s’insinue, qu’on emporte avec soi presque à son insu et qu’un jour, en



Me, me, me
Me to

Ce qui rend selon moi le travail des Wachowski intéressant est qu’il coche les deux cases. Leur travail est le composant du noble et du non-noble. Quoi de mieux qu’une œuvre qui ravit et enivre, et qui pourtant, fini par remplir nos yeux de larmes. Comme une pièce à deux facettes, l’une vous enivre, méticuleuse et pleine de détails, l’autre, vous rend compte de sa valeur.


Leurs réalisations, certes vendues comme des blockbusters d’été généralement faites pour offrir aux spectateurs un spectacle grandiose visuellement mais assez creux dans le fond. Pourtant leurs films ont su récompenser les nombreuses personnes qui se sont penchées sur leurs analyses dialectiques.

Sous les couverts d’effets spéciaux, les Wachowski ont su associer le meilleur des deux mondes, de la beauté noble et de celle qui ne l’est pas.


  • Le visible

Deleuze dans la logique de la sensation cite Klee « non pas rendre le visible, mais rendre visible ». L’art se doit de rendre visible l’invisible.

Les Wachowski ont donné forme à de multiples idées philosophiques en les rendant visibles par des images et des métaphores visuelles virtuelles. Elles rendent visibles grâce au langage cinématographique des idées philosophiques abstraites et des inquiétudes modernes à propos de la réalité virtuelle. Au-delà de la réalité virtuelle, il y’a le concept de réalité qui est si chère au cyberpunk et qui a su se faire l’héritier avec l’avancée des nouvelles technologies.


Ce n’est pas tant de raconter les histoires de personnages qui intéresse les Wachowski, mais les idées ou la philosophie qui leurs survivent et qu’ils transmettent. En effet, on peut souvent s’inquiéter du sort des personnages dans leurs films (comme c’est le cas dans Matrix ou Cloud Atlas), mais leurs actes ont des répercussions sur la société. Cette réalité s’illustre d’autant mieux dans Cloud Atlas qui contient six histoires d’époques différentes toutes liées les unes aux autres par un élément qu’aura laissé son protagoniste au suivant. Ce sont les idées, prenant différentes formes, qui leurs survivent qui auront un impact sur leurs sociétés, pour le meilleur et pour le pire.


La structure du monomythe de Joseph Campbell se retrouve dans la plupart des œuvres de fiction de nos jours, et le travail des Wachowski n’y échappe pas. Mais familières à ses travaux, elles ne se sont pas juste contentées de les appliquer à leurs films. - « … le Star Wars de George Lucas était un film postmoderne dans la mesure où la structure de son récit avait été écrite en suivant une étude théorique sur la structure des récits […] Alertés par le fonctionnement à multiples niveaux des Wachowski, certains spectateurs se demandèrent alors si la saga Matrix n’était pas une œuvre post-post-moderne qui serait parvenue à réinjecter à la fois le travail théorique ET sa critique à l’intérieur même du récit. » - Les récits des Wachowski suivent globalement la même structure : Un héros découvre un monde extraordinaire auquel il est confronté à un système de contrôle et auquel il/elle va s’opposer. Pour l’aider le héros va être entouré d’alliés (la police pour Speed Racer ou les révolutionnaires pour Sonmie-451 dans Cloud Atlas par exemple) qui l’aideront dans sa quête, mais très vite le héros se rend compte que ce système ne fonctionne pas, il/elle va donc devoir créer sa propre voix pour transformer le monde qui l’entoure quitte à y laisser (parfois) la vie.


  • Leur Propos


Le propos des Wachowski n’est jamais aussi clair que dans ces deux répliques « temet nosce/Connais-toi toi-même » (Matrix) et « Du berceau au tombeau, nous sommes tous liés les uns aux autres » (Cloud Atlas). Vous devez-vous connaitre vous-même et connaitre le monde qui vous entoure pour pouvoir vous accomplir (Ontogénèse). Et, votre vie ne vous appartient pas (Phylogénèse). La responsabilité vis-à-vis de vous-même et le sens du sacrifice vis-à-vis du monde. Voilà une des réponses des Wachowski sur l’art et qui rentre en dialogue avec la philosophie de Nietzsche sur la vie.


Ce propos s’illustre plus que jamais dans Speed Racer ; Lorsque Royalton ouvre les yeux de Speed sur la face cachée de la course, un monde de profits et perverti par l’argent qui rentre en opposition avec sa passion familiale pour la course automobile. Découragé, Speed se fait réconforter par sa mère qui lui dit « Ce que tu fais au volant de ta voiture n’a rien à voir avec l’argent […] Quand je te vois faire toutes tes manœuvres, j’ai l’impression de regarder quelqu’un qui peint ou qui fait de la musique. Quand je vais te voir courir, je vais voir un artiste en pleine performance. Et c’est magnifique et inspirant… » On peut voir le discours de Royalton comme celui de la raison et des Grecs qui conduit à voir la vie tel qu’elle est et ses limites, une vie froide et cruelle. Tandis qu’on peut voir dans le discours de la mère celui qui privilégie la vie comme le prétend Nietzsche au dépend du mensonge, d’autant plus que le parallèle avec l’art est lui-même complètement assumé.


Même si le monde financier qui entoure la course est vrai, la performance qu’en fait Speed lui donne tout son sens (illusion ou pas) et rend cette réalité plus supportable.


Ce propos s’illustre plus que jamais dans Speed Racer ; Lorsque Royalton ouvre les yeux de Speed sur la face cachée de la course, un monde de profits et perverti par l’argent qui rentre en opposition avec sa passion familiale pour la course automobile. Découragé, Speed se fait réconforter par sa mère qui lui dit « Ce que tu fais au volant de ta voiture n’a rien à voir avec l’argent […] Quand je te vois faire toutes tes manœuvres, j’ai l’impression de regarder quelqu’un qui peint ou qui fait de la musique. Quand je vais te voir courir, je vais voir un artiste en pleine performance. Et c’est magnifique et inspirant… » On peut voir le discours de Royalton comme celui de la raison et des Grecs qui conduit à voir la vie tel qu’elle est et ses limites, une vie froide et cruelle. Tandis qu’on peut voir dans le discours de la mère celui qui privilégie la vie comme le prétend Nietzsche au dépend du mensonge, d’autant plus que le parallèle avec l’art est lui-même complètement assumé. Même si le monde financier qui entoure la course est vrai, la performance qu’en fait Speed lui donne tout son sens (illusion ou pas) et rend cette réalité plus supportable.


  • Une opération sur soi

L’artiste doit nécessairement sortir de la communauté pour mieux servir la collectivité. Même si on peut reconnaitre ce parcours dans leurs protagonistes, c’est d’abord à elles-mêmes que ce principe s’est appliqué comme le démontre le discours de Lana lors de la remise de son prix the HRC visibility Award en 2012 :


« Je suis ici parce que nous faisons certaines choses pour nous (coucou Ontogénèse !), mais il y a certaines choses que nous faisons pour les autres (coucou Phylogénèse !). Je suis ici parce que quand j’étais petite, je voulais vraiment être une scénariste, une réalisatrice, mais je ne pouvais trouver personne comme moi dans le monde et j’avais l’impression que mes rêves étaient obsolètes simplement parce que mon genre était moins habituel. Si je peux être cette personne pour quelqu’un d’autre alors le sacrifice de ma vie privée civique aura de la valeur. Je sais aussi que je suis là grâce à la force et l’amour que je suis comblée de recevoir de ma femme, ma famille et mes amis. Et d’une certaine manière j’espère leur rendre cet amour en la forme d’un projet comme celui commencé par la HRC, pour que ce monde que nous imaginons dans cette pièce puisse être utilisé pour accéder à d’autres pièces, d’autres mondes auparavant inimaginables. »


Très réservées sur leurs vies privées au départ, elles ont choisi de sacrifier ce privé pour le bien commun. C’est de ce sentiment de marginalité que sont sorties leurs films et leur volonté de faire bouger les lignes. On peut avoir deux appréciations à cette vision.


 « Ce qui importe, c’est de ne pas laisser le monde nous changer »           - Racer X dans Speed Racer.

Appréciation extra-diégétique (externe à l'œuvre) : En faisant son coming-out Lana est sortie de la communauté de la société pour ouvrir une pièce et des sentiers peu explorés (du moins peu assumés). C’est pour éviter que quelqu’un comme elle étant jeune ne se retrouve dans la même situation « je ne pouvais trouver personne comme moi dans le monde […] simplement parce que mon genre était moins habituel. » Cela s’appliquant aussi à Lilly sa sœur.


Appréciation intra-diégétique (interne à l'œuvre) : On peut être amené à penser que par son coming-out (à sa sortie de la communauté) en s’appliquant à elle-même les clés données dans leurs récits, elle sera amenée, maintenant, à mieux nous servir (nous la communauté) dans son discours artistique.


  • Le réel

Selon Nietzsche « l’artiste ne supporte pas le réel ». Camus est moins tranché : dans son œuvre l’artiste refuse et consent toujours à l’une chose ou l’autre.


Pour commencer, en faisant appel au medium du cinéma, les Wachowski refusent la linéarité de la vie. Un film est raconté par différentes séquences entrecoupées, contrairement à la vie qui est vécue comme un gigantesque plan séquence, sans coupure. Certain film tente de consentir à cette réalité comme récemment le film « 1914 ». Mais le cinéma consent généralement à notre perception de la réalité qui,


elle, est fragmentée. En déplaçant notre regard ou notre point d’attention sur ce qui nous entoure, notre perception de la réalité devient fragmentée. Nos souvenirs par exemple sont eux aussi fragmentés, nous nous souvenons de ce qui a été important pour nous au moment de les avoir vécus. Et c’est à cette réalité-là que le cinéma en général consent et donc les Wachowski aussi, que ce soit volontaire ou non.


En faisant appel au cinéma dit «live», avec de vrais acteurs qui prêtent leurs traits et leurs performances à leurs films, elles exaltent la réalité brute, contrairement à l’animation qui s’en sépare.


  • Un gigantesque happening


- "Le happening se distingue de la performance par son caractère spontané et le fait qu’il exige la participation active du public, public qui n’est plus considéré tel quel, mais comme intervenant." –

Matrix n’est pas un happening au sens artistique du terme, la création de la saga n’a pas requise l’intervention d’un quelconque public, mais c’est un happening dans la création du sens du récit.

La volonté des Wachowski à la participation du spectateur au sens de leurs récits est flagrante, d’autant plus dans Matrix que dans tous leurs autres films. Il est vrai qu’intra-diégétiquement il fut unanimement admis que le pitch du film est : « La libération de l’humanité, rendue esclave par les machines. » Pourtant aucun élément de la campagne marketing n’explicitait ce pitch. Une des "taglines" qui accompagnait la sortie du film fût « The Matrix has YOU » une affirmation qui invectivait directement le public qu’on peut traduire par « la Matrice VOUS possède.»



Appréciation intra-diégétique : Comme nous le présente le film, tous ceux qui ne sont pas libérés sont possédés par la Matrix, facilitant par la même le déplacement des agents de cette matrice. Ces individus dans le récit ressemblent fortement à la population citadine, c.à.d. nous.


Appréciation extradiégétique : Nous sommes soumis à une forme de contrôle par nos propres croyances, ce que nous tenons pour acquis et qui ferme toute autre possibilité qui pourrait libérer notre esprit, entre-autre, à la lecture d’un film.


« Matrix Révolutions, tout comme Cloud Atlas, demande à son public une participation. Ce que nous voulions faire avec la trilogie, c’était, dès le départ, tenter une expérience : pouvons-nous contribuer à changer la façon avec laquelle le public fait l’expérience d’un film d’action ? Les films sont une Matrice. Vous rentrez à l’intérieur ; ils vous disent quoi voir, quoi penser, quoi ressentir. Pour nous c’était problématique. Ce que nous cherchions à faire, en gros, c’était de permettre un changement ; le même que celui que vit Neo, qui passe de son cocon au fait de devoir participer à créer le sens de sa vie. » - Lana Wachowski.


What ?

Comme nous le montre le discours de Lana, je crois que les Wachowski sont plus intéressées à s’adresser à nous spectateurs directement en nous offrant la possibilité d’interpréter le sens du film par nous-même, ailleurs que là où nous avions l’habitude de le trouver. Les efforts des Wachowsi a refusé de discourir à la sortie de Reloaded auprès des journaux télévisés, visant généralement à toucher au sens du récit plutôt qu’à la démarche artistique nous le prouve, allant jusqu’à confier les commentaires audios du premier coffret DVD, généralement réservé aux réalisateurs, à un épistémologue bouddhiste (Ken Wilber) et un professeur de religion et d’histoire afro-américaine (Cornel West). Comme indice heureusement, sur les bonus du DVD Matrix Revisited, Keanu Reeves évoque ses lectures obligatoires (Jean Baudrillard, Kevin Kelly, Dylan Evans, Oscar Zarate). A titre d’exemple, le spectateur peut choisir d’y voir le parcours d’un programme, remontant à la source de son univers immatériel, pour le féconder d’une humanité que toute la machinerie appelle de ses vœux. Ou il peut tout aussi bien choisir d’y voir l’analogie à sa propre humanité, en assimilant l’inégalité de cet univers à un cerveau humain et à ses composantes en « guerre ».


Même s’il est impossible de déduire de Matrix le sens véritable de son récit, dû à son happening, on peut quand même en déduire un fait intéressant. La plupart des films ayant les thèmes de Matrix (réalité virtuelle, capitalisme, lutte des classes etc.) nous inviteraient au mieux d’éteindre l’écran, au pire de renverser un pouvoir en place. Or Matrix ne nous ordonne ni l’un ni l’autre. Il exige de nous, grâce à un parcours transcendantal subtil, un fonctionnement intuitif sur des évènements qui nous rendent de plus en plus aveugles alors que nous nous imaginons plus alertes du simple fait de les regarder.


Conclusion :

Les Wachowski ont su prouver qu’un blockbuster pouvait faire preuve de réflexions profondes et réfléchies à travers le cinéma de divertissement chez son public. Qu’il est possible de faire participer activement le spectateur durant le visionnage d’un film sur son mode opératoire et son sens, et de pouvoir le récompenser sur la réflexion portée sur sa propre condition de consommateur. De savoir mettre sur le devant de la scène l’érudit geek et la pop culture comme un prisme accessible par lequel regarder et non pas comme un culte fermé. Je termine sur une citation de Laurent de Sutter dans la chronique « From Matrix With Love » dans carbone – « Ce que Matrix (les Wachowski) a rendu possible, ce n’est pas une entreprise de pensée de la pop culture, mais une entreprise de pensée avec la pop culture. »



Bibliographie :


Wachowski Films :

Matrix - (1999)

Matrix Reloaded - (Mai 2003)

Matrix Revolutions - (Octobre 2003)

Speed Racer - (2008)

Cloud Atlas - (2012)

Autres Films :

BladeRunner – (1982)

Tron– (1982)

Métropolis – (1927)


Sites internet :

S. d « Bullet time : » dans Nanarland, s. d [en ligne] http://www.nanarland.com/glossaire-definition-211-B-comme-bullet-time.html [3]


Maximilien PIERRETTE « Matrix : retour sur la naissance du «bullet time» avec son créateur Dominique Vidal » dans Allociné, 17 janvier 2019, [En ligne] http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18678724.html


Maximilien PIERRETTE « 20 ans de Matrix : on a rencontré le créateur du Bullet Time (et il est français) » dans Allociné, 23 juin 2019, [en ligne] http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18681909.html


Timothée Fontaine « PJREVAT - The Wachowskis Retrospective - Bound & Matrix (1/3) » dans Le cinéma de Durendal, Youtube [en ligne] https://www.youtube.com/watch?v=QrGeSQo11XY&t=16s


Timothée Fontaine « PJREVAT - The Wachowskis Retrospective - Matrix Reloaded & Matrix Revolutions (2/3) » dans Le cinéma de Durendal, Youtube [en ligne] https://www.youtube.com/watch?v=WGxUuHj6gy4&t=1s


Timothée Fontaine « PJREVAT - The Wachowskis Retrospective - Speed Racer, Cloud Atlas & Jupiter Ascending (3/3) » dans Le cinéma de Durendal, Youtube [en ligne] https://www.youtube.com/watch?v=t01Qsod_5-Q


Aleksandar HEMON « Beyond the Matrix. The Wachowskis travel to even more mind-bending realms. » dans The New Yorker, 3 septembre 2012, [en ligne] https://www.newyorker.com/magazine/2012/09/10/beyond-the-matrix?currentPage=all



Jérôme DITTMAR « From Matrix With Love » dans Carbone, 4 avril 2019 [en ligne] file:///E:/From%20Matrix%20With%20Love%20_%20Entretien%20pop’philo%20avec%20Laurent%20de%20Sutter.html


S.d «L’émouvant discours de Lana Wachowski, première real transgenre» dans Pure FM, 25 octobre 2012 [en ligne] file:///E:/L’%C3%A9mouvant%20discours%20de%20Lana%20Wachowski,%20premi%C3%A8re%20real%20transgenre.html


Livres :

Jean-Samuel Kriegk/Jean-Jacques Launier, Art Ludique, Sonatine Editions, 2011, p5.

Bible : - Esaïe 6v2 [5] – Esaïe 3v26 [6]

Rafik DJOUMI, Rocky rama Hors-Série 5 – MATRIX, Ynnis Editions, (février) 2020 p130.


Autres ou indirect:

Scott BUKATMAN, Blade Runner, British Film Institute, août 1997, p96. [2]



 
 
 

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